Perceval le gallois
Prêtez-moi le coeur et l’oreille car la parole se perd si le coeur n’entend pas.

Comment réaliser la justice sociale dans une conjoncture de crise systémique globale ( écologique, financière, économique, politique, sociale et culturelle ). L’humanité toute entière est concernée et cela doit nous amener à repenser la transition vers un monde postcroissant, posfossile et modifié par le climat.

La tyrannie de l’absence de structure par Jo Freeman

Pendant les années où s’est dessiné le mouvement de libération des femmes, l’accent a été mis sur ce qu’on a appelé les groupes sans guide et sans structure, comme forme principale du mouvement. L’origine de cette idée était une réaction normale contre la société sur-structurée dans laquelle la plupart d’entre nous vivions, le contrôle inhérent que cela donnait aux autres sur nos propres vies et l’élitisme habituel des groupes gauchistes ou similaires au sein desquels nous étions sensés combattre ces mêmes structures.
L’idée d’"absence de structure", cependant, a dévié, passant d’un contre-pied sain à de telles tendances pour devenir une idole à part entière.

Article mis en ligne le 14 mai 2018
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 Introduction

Beaucoup utilisée, cette expression n’a été que peu étudiée mais est devenue un terme intrinsèque et incontestée concernant l’idéologie de la libération des femmes. Cela n’a été que de peu d’importance lors de l’apparition du mouvement. Celui-ci s’était fixé comme méthode première la sensibilisation et les "groupes de paroles sans structure" étaient d’ excellents outils pour cela. Leurs aspects informels et décontractés ont encouragé la participation à la discussion et l’atmosphère souvent amicale permettait l’expression personnelle. Si rien d’autres que des opinions personnelles ne sortaient jamais de ces groupes, cela n’avait pas d’importance parce que leur but n’allaient pas vraiment au-delà.

Les vrais problèmes ne sont apparus que lorsque les groupes de discussions eurent épuisés les vertus de la sensibilisation et décidèrent qu’ils voulaient des contenus plus élaborés. Ils pataugèrent alors pour la plupart parce que la plupart d’entre eux étaient peu disposés à changer de structure alors qu’ils avaient changé de tâche. Les femmes avaient totalement accepté l’idée de "l’absence de structure" sans prendre conscience des limites de ses utilisations. Les membres essayaient d’utiliser le groupe "sans structure" et les réunions informelles pour des buts irréalisables, avec la croyance aveugle que tout autre moyen était opprimant.

Si le mouvement doit dépasser ces étapes premières du développement, il devra abandonner quelques-uns de ses préjugés quant à l’organisation et aux structures.Il n’y a rien de mauvais, par nature, dans l’une ou l’autre.Elles peuvent être, et sont souvent, mal utilisées mais refuser d’y réfléchir pour ces raisons revient à nous interdire des outils nécessaires pour un développement futur. Nous devons comprendre pourquoi "l’absence de structure" ne fonctionne pas.

 Structures Formelles et informelles

Contrairement à ce que nous aimerions croire, il n’existe pas de groupes "sans structure" . Tout groupe de personnes de quelque nature que ce soit, quelle que soit sa durée, ses objectifs, se structurera inévitablement d’une manière ou d’une autre. La structure pourra être flexible, pourra évoluer au cours du temps, pourra distribuer également ou inégalement les tâches , le pouvoir et les moyens parmi les membres du groupe. Mais elle sera formée indépendamment des capacités, des personnalités et des intentions des personnes impliquées. Le fait même que nous sommes des individus venant de milieux différents avec des prédispositions et des talents différents rend ceci inéluctable. Nous ne pourrions approcher la notion d’absence de structure qu’en refusant tout rapport et toute interaction , ce qui n’est pas la nature d’un groupe humain.

Cela signifie que s’évertuer à obtenir un groupe "sans structure" est tout aussi inutile et décevant que d’essayer d’obtenir des articles "objectifs" , des sciences humaines sans "système de valeur" ou une économie "libre". Un groupe institué sur le principe du ’laissez-faire’ est à peu près aussi réaliste qu’une société basée sur ce même ’laissez-faire’ ; l’idée devient un écran de fumée pour que le puissant ou le chanceux établit une hégémonie incontestée vis à vis des autres. Cette hégémonie peut facilement s’établir parce que l’idée de "l’absence de structure" n’empêche pas la formation des structures informelles mais seulement des structures formelles. De même, la philosophie du "laissez-faire" n’a pas empêché économiquement le puissant d’établir un contrôle sur les salaires, les prix et la distribution des marchandises ; elle a seulement empêché le gouvernement de le faire . L’"absence de structure" devient donc une façon de masquer le pouvoir et, au sein du mouvement de femmes, elle est généralement défendue avec le plus d’énergie par celles qui sont les plus fortes ( qu’elles soient conscientes ou non de leur pouvoir). La façon dont les décisions sont prises est connue seulement par quelques-unes et la conscience de l’existence d’un tel pouvoir est limitée à celles qui connaissent les règles , aussi longtemps que la structure du groupe est informelle. Celles qui ne connaissent pas les règles et ne sont pas choisies pour y être initiées l’initiation restent dans la confusion, ou souffrent d’illusions paranoïaques vis à vis de choses qui se produiraient mais dont elles ne seraient pas pleinement conscientes.

Pour que chacun ait l’occasion d’être impliqué dans un groupe donné et puisse participer à ses activités, la structure doit être explicite, non implicite. Les règles concernant la prise de décision doivent être ouvertes et connues de tous et ceci ne peut se produire que si elles sont formalisées. cela ne signifie pas que la normalisation d’une structure de groupe détruira la structure informelle. Ce n’est généralement pas le cas. Mais cela évite à la structure informelle la mise en place d’un contrôle prédominant et offre des moyens pour les contester. "L’absence de structure" est impossible en terme d’organisation. Nous ne pouvons pas choisir entre un groupe structuré ou sans structure mais seulement entre un groupe formellement ou informellement structuré . Par conséquent, le terme ne devrait pas être utilisé plus longtemps, excepté pour se référer à la notion qu’il recouvre ; "non structuré" se référera à ces groupes qui n’ont pas été structurés de manière délibérée. "Structuré" se réfèrera à ceux qui l’ont été. Un groupe structuré possède toujours une structure formelle et peut aussi avoir une structure informelle. Un groupe non structuré possède toujours une structure informelle ou dissimulée. C’est cette structure informelle, en particulier dans les groupes non structurés, qui sert de fondement aux élites.

 La Nature de l’Élitisme

’Élitiste’ est probablement le mot le plus mal employé dans le mouvement de libération des femmes. Il est utilisé aussi fréquemment, et pour les mêmes raisons que ’pinko" (1) l’était dans les années 50. Il n’est jamais utilisé de façon correcte. Au sein du mouvement, il se rapporte généralement à des individus, bien que les caractéristiques et les façons d’agir de ceux-ci puissent différer largement. Un individu, en tant qu’individu, ne peut jamais être une "élite" parce que que la seule utilisation appropriée du terme se réfère à des groupes. Tout individu, aussi célèbre soit-il, ne peut jamais être une élite.

Utilisé de façon correcte, le terme élite se réfère à un petit groupe de personnes qui détiennent le pouvoir sur un plus grand groupe dont il fait partie, sans occuper, généralement, des responsabilités directes dans ce groupe, et, la plupart du temps, sans son consentement et sans que le groupe n’en soit conscient. Une personne devient élitiste , en faisant partie de, ou en soutenant, cette domination par un tel petit groupe, que cette personne soit célèbre ou tout à fait inconnue. La notoriété n’entre pas dans la définition d’un élitiste. Les élites les plus insidieuses sont habituellement des personnes inconnues du grand public. Les élitistes les plus intelligents sont suffisamment habiles pour ne pas devenir célèbres. Lorsqu’ils le deviennent, ils sont surveillés et le masque posé sur leur pouvoir n’est plus fermement accroché.

Que les élites soient informelles ne signifient pas qu’elles soient invisibles. A l’occasion de n’importe quelle petite réunion, toute personne à l’oeil acéré et à l’oreille attentive peut dire qui influence qui. Les membres d’un groupe amical se comprendront mieux entre eux qu’avec d’autres personnes. Ils écoutent plus attentivement et s’interrompent moins. Ils reprennent le point de vue de chacun et y répondent aimablement. Les personnes extérieures à ce groupe auront tendance à être ignorées ou agressées. eur approbation ne sera pas jugée nécessaire pour une prise de décision ; cependant, il est nécessaire pour les ’exclus’ de rester en bons termes avec les ’inclus’ . Les frontières ne sont bien sûr pas aussi définies que cela. Il existe des nuances dans l’interaction, des scripts non pré-écrits. Mais elles sont perceptibles et ont leurs effets. Une fois que l’on sait l’approbation de qui il est important d’obtenir avant de prendre une décision et l’approbation de qui est la clé pour son acceptation, on connaît qui dirige le fonctionnement.

Les élites ne sont pas des conspirations. Rarement un petit groupe de personnes se formera pour essayer de prendre le contrôle d’un plus grand groupe pour ses propres fins. Les élites ne sont ni plus ni mois qu’un groupe d’amis à qui il arrive aussi de participer aux mêmes activités politiques. Ils conserveraient probablement leurs liens d’amitiés, qu’ils soient impliqués ou non dans des activités politiques ; ils seraient probablement impliqués dans des activités politiques, qu’ils maintiennent ou non leurs liens d’amitié. C’est la coïncidence de ces deux phénomènes qui créent des élites dans tout les groupes et qui les rend si difficile à briser.

Ces groupes d’affinités fonctionnent comme des réseaux de communication en dehors de tous canaux formels qui auraient pu être institués par un groupe. Si aucun tel canal n’existe, ils constituent alors le seul réseau de communication . Parce ce que ces gens sont amis, parce qu’ils partagent généralement les mêmes valeurs et orientations, parce qu’ils communiquent entre eux et se consultent lorsque des décisions communes doivent être prises, les personnes impliquées dans ce réseau ont plus de pouvoir dans le groupe que celles qui n’y sont pas impliquées. Et il est rare qu’un groupe ne constitue pas un tel réseau informel de communications à travers les amitiés qui s’y forment.

Des groupes, selon leur taille, peut comprendre plus d’un tel réseau informel de communication. Les réseaux peuvent même se chevaucher. Lorsqu’un seul réseau existe, il constitue l’élite du groupe non structuré, que ses membres veuillent ou non être des élitistes. Si il existe un seul réseau dans un groupe structuré, il pourra constituer ou non une élite selon la composition et la nature de la structure formelle. Si il existe deux, ou plus, réseaux d’amis, ils peuvent entrer en concurrence pour le pouvoir au sein du groupe, formant ainsi des factions, ou l’un peut refuser délibérément la compétition laissant l’autre occuper le statut d’élite. Dans un groupe structuré, deux, ou plus, réseaux d’amis sont généralement en concurrence pour le pouvoir formel. Cela constitue souvent la situation la plus saine. Les autres membres sont dans une position d’arbitres entre les deux compétiteurs pour le pouvoir et sont par conséquent en mesure de faire des demandes au groupe auquel ils ont fait temporairement allégeance.

Puisque les groupes au sein du mouvement n’ont pris aucune décision concernant qui exercera le pouvoir, de nombreux critères différents sont appliqués à travers le pays. En même temps que le mouvement a évolué avec le temps, l’alliance est devenu un critère moins universel pour une participation efficace , bien que toutes les élites informelles établissent encore des critères afin que seules les femmes qui possèdent un certain bagage ou caractéristiques personnelles puissent les rejoindre. Ces normes comprennent fréquemment : une origine classe moyenne (malgré toute la rhétorique concernant les liens avec la classe ouvrière), être mariée, ne pas être mariée mais vivre avec quelqu’un, être ou prétendre être lesbienne ; avoir entre 20 et 30 ans, avoir un niveau universitaire ou du moins, une expérience universitaire,être ’hip’, ne pas être trop ’hip’, avoir une certaine ligne politique ou s’identifier comme ’radicale’, avoir certaines caractéristiques de personnalité, comme être ’gentille’, bien s’habiller(dans le style traditionnel, comme dans le style anti-traditionnel), etc. Il existe aussi quelques caractéristiques qui étiquettent comme ’déviante’ qui seront tenues à l’écart. Cela comprend : être trop vieille, travailler à plein-temps,(particulièrement si l’on poursuit assidûment une ’carrière’), ne pas être ’gentille’ et être une célibataire avérée (c’est à dire ni homosexuelle, ni hétérosexuelle).

D’autres critères pourraient être cités mais ils ont tous des thèmes communs. La caractéristique préalable à toute participation, à toute élite informelle dans le mouvement, et donc à l’exercice du pouvoir, concerne le milieu social, la personnalité ou le temps disponible. Elle n’inclut pas les compétences, l’attachement au féminisme, les talents ou la contribution possible au mouvement.Les premiers sont les critères utilisés habituellement pour choisir ses amis. Les derniers sont ce que tout mouvement ou organisation doit utiliser si il veut être efficace politiquement.

Bien que cette étude du processus de formation d’une élite à l’intérieur de petits groupes a été faite dans une perspective critique, elle n’a pas été réalisée dans le but de prétendre que ces structures informelles sont inévitablement mauvaises, mais qu’elles sont seulement inévitables. Tous les groupes créent des structures informelles en raison des modèles d’interaction entre ses membres. De telles structures informelles peuvent réaliser des choses très utiles. Mais seuls des groupes non structurés sont totalement gouvernés par celles-ci ; Quand des élites informelles sont combinées avec le mythe de "l’absence de structure" aucune tentative pour mettre des limites à l’exercice du pouvoir n’est possible. Il devient incontrôlable.

Ceci a deux conséquences potentiellement négatives dont nous devrions être conscients. La première est que la structure informelle de prise de décision sera comme une sororité : un lieu où l’on s’écoute parce que l’on s’apprécie , non parce qu’il est dit des choses intéressantes. Aussi longtemps que le groupe ne fait rien de bien significatif, cela n’a pas beaucoup d’importance. Mais si il veut que son évolution ne s’arrête pas à ce niveau primaire, il devra changer cette état de fait. Le second est que les structures informelles n’ont aucune obligation de responsabilité vis à vis du groupe dans son ensemble. Leur pouvoir ne leur a pas été donné ; il ne peut pas leur être repris. Leur influence n’est pas basée sur ce qu’ils font pour le groupe ; par conséquent, ils ne peuvent pas être directement influencées par le groupe. Cela ne rend pas obligatoirement les structures informelles irresponsables. Ceux qui sont intéressés pour maintenir leur influence essaieront généralement d’être responsables. Le groupe ne peut tout simplement pas exiger un tel sentiment de responsabilité ; il est dépendant de la volonté de l’élite.

 Le ’Star’ Système

L’’idée’ d’ ’absence de structure’ a crée le ’star’ système. Nous vivons dans une société qui attend des groupes politiques à ce qu’ils prennent les décisions et qu’ils choisissent des personnes pour formuler ces décisions au public dans son entier. La presse et le public ne savent pas écouter sérieusement des individus femmes en tant que femmes. Ils veulent savoir ce que pense le groupe. Trois techniques seulement ont été élaborées pour déterminer l’opinion collective d’un groupe : le vote ou le référendum, le questionnaire d’enquête d’opinion publique et la nomination de porte -paroles lors d’une réunion. Le mouvement de libération des femmes n’a utilisé aucune de ces techniques pour communiquer avec le public. Ni le mouvement en tant que tel, ni la plupart des nombreux groupes qui le composent, n’ont mis en place des moyens pour expliquer leur position sur différentes questions. Alors que le public est conditionné pour rechercher des porte-paroles.

En même temps qu’il n’a pas choisi de façon délibérée des porte-paroles ,le mouvement a mis en avant beaucoup de femmes qui ont attiré l’attention du public pour différentes raisons. Ces femmes ne représentent aucun groupe particulier ni opinion établie ; elles le savent et le font généralement savoir. Mais parce qu’il n’existe pas de porte paroles officielles ni aucune instance de prises de décisions, la presse peut interviewer ces femmes perçues comme des porte-paroles quand elle veut connaître la position du mouvement sur un sujet donné. Donc, qu’elles le veuillent ou non, des femmes ayant acquis une notoriété publique sont placées d’office dans le rôle de porte-paroles.

C’est la source du problème souvent ressenti envers les femmes qui sont labellisées ’stars’. Parce qu’elles n’ont pas été choisies par les femmes du mouvement pour en représenter les vues, elles sont rejetées lorsque la presse présume qu’elles parlent au nom du mouvement. Donc, la réaction négative envers le ’star’ système, en réalité, encourage l’absence de responsabilité individuelle même que le mouvement condamne. En évinçant une soeur considérée comme ’star’, le mouvement perd tout le contrôle qu’il aurait pu avoir sur la personne, qui devient libre de commettre toutes les fautes individualistes dont elle a été accusée.

 Impuissance politique

Des groupes non structurés peuvent être très efficaces en amenant des femmes à parler de leur vie ; ils ne le sont pas beaucoup pour des réalisations concrètes. A moins de changer de mode opérationnel, des groupes connaissent des difficultés lorsque ses membres sont fatigués de ’seulement parler’ et veulent faire quelque chose de plus. Parce que le mouvement dans son ensemble n’est pas plus structuré que les groupes de paroles individuels, il n’est guère plus efficace que ceux-ci. La structure informelle n’est que très rarement assez unie ou assez proche des gens pour agir efficacement. Alors, le mouvement génère beaucoup d’émotions mais peu de résultats. Malheureusement, les conséquences de toute cette gesticulation ne sont pas aussi inoffensives que les résultats et leur victime est le mouvement lui-même.

Quelques groupes se sont tournés vers des projets d’actions locales, si ils ne rassemblent pas trop de personnes, et travaillent à une petite échelle. Mais cette forme d’action restreint l’activité du mouvement à un niveau local. En outre, pour bien fonctionner, les groupes doivent se réduire à ce groupe informel d’amies qui en est à l’origine. Ce qui interdit à beaucoup de femmes d’y participer.Tant que la seule façon des femmes de participer au mouvement sera l’adhésion à un petit groupe,l’instinct non-grégaire sera un inconvénient majeur. Tans que le groupe d’affinité est le principal mode organisationnel, l’élitisme devient institutionnalisé.

Pour ces groupes qui ne peuvent pas trouver un projet local auquel se consacrer, l’acte même de rester ensemble devient la raison de rester ensemble. Lorsqu’un groupe n’a pas de but spécifique (et la sensibilisation en est un), ses membres tournent leur énergie vers le contrôle des autres. Ce n’est pas du tant au désir malveillant de manipuler les autres (quoi que cela arrive parfois) qu’à l’absence d’autre chose de mieux à faire de leurs talents. Des personnes capables, disponibles, et ayant besoin de justifier le fait d’être ensembles, consacrent leurs efforts à prendre le pouvoir sur les autres et passent leur temps à critiquer les personnalités des autres membres du groupe. Les conflits internes et les jeux de pouvoir personnels constituent l’ordre du jour. Lorsqu’un groupe est impliqué dans une tâche, les gens apprennent à s’entendre entre eux et à dépasser les antagonismes au nom de l’intérêt supérieur. Un frein est mis à notre penchant naturel de remouler chacun selon l’image que l’on se fait d’elle.
Le terme de la période de sensibilisation laisse les personnes désorientées et le manque de structure sans moyens d’orientations. les femmes au sein du mouvement soit se replient sur elles-mêmes ou vers leurs sœurs ou bien cherchent d’autres moyens alternatifs d’action. Il y a peu d’alternatives possibles. Des femmes font seulement ’leur propre truc’. Cela peut conduire à beaucoup de créativité individuelle, souvent utile au mouvement, mais cela ne constitue pas une alternative viable pour la plupart des femmes et n’encourage pas un esprit d’effort coopératif de groupe. D’autres femmes quittent le mouvement parce qu’elles ne veulent pas travailler sur un projet individuel et n’ont pas trouvé de façon de découvrir, se joindre à, ou commencer des projets de groupe qui les intéressent.

Beaucoup se tournent vers d’autres organisations politiques qui leur offrent le genre d’activités efficaces et structurées qu’elles n’ont pa pu trouver dans le mouvement des femmes. Ainsi, ces organisations politiques qui regardent seulement la libération des femmes comme une question parmi beaucoup d’autres, trouvent dans le mouvement un vaste vivier de recrutement pour de nouveaux membres. Nul besoin, pour ces organisation ’d’infiltrer’ (quoi que cela n’est pas exclu). Le désir d’activité politique sérieuse des femmes par le biais du mouvement de libération des femmes est suffisamment fort pour les inciter à joindre d’autres organisations. Le mouvement lui-même ne leur offre aucune issue pour leurs idées et énergies nouvelles.

Ces femmes qui rejoignent d’autres organismes politiques tout en restant dans le mouvement de la libération des femmes, ou qui rejoignent le mouvement tout en restant dans d’autres organisations politiques, deviennent, à leur tour, le cadre pour la formation de nouvelles structures informelles. Ces réseaux d’amies ainsi constitués sont basés sur leurs idées politiques communes non féministes plus que sur les caractéristiques citées plus haut ; néanmoins, le réseau fonctionne plus ou moins de la même façon. Parce que ces femmes partagent des valeurs communes, des idées et des orientations politiques, elles deviennent elles aussi des élites informelles,involontaires, non choisies, et irresponsables, qu’elles le veuillent ou non.

Ces nouvelles élites informelles sont souvent perçues comme menaces par les anciennes élites informelles déjà existantes. A juste raison. De tels réseaux à but politique ne souhaitent que rarement être seulement des ’sororités’ comme l’étaient les précédents et souhaitent propager leurs opinions politiques ainsi que leurs idées féministes. C’est tout à fait normal, mais les implications pour le mouvement des femmes n’ont jamais été discutées de façon adéquate. Les anciennes élites sont rarement prêtes à exposer au plein jour des divergences d’opinions parce que cela impliquerait d’exposer en même temps la nature de la structure informelle du groupe. Beaucoup de ces élites informelles se sont cachées derrière la bannière de ’l’anti-élitisme’ et de ’l’absence de structure’. Pour s’opposer efficacement à la concurrence d’une autre structure informelle, elles devraient devenir ’publiques’ et cette éventualité comporte de nombreuses conséquences dangereuses. Ainsi, pour préserver son propre pouvoir, il est plus facile de rationaliser l’exclusion des membres de l’autre structure informelle sous des prétextes de ’ communisme’, lesbianisme’, ’pas dans le coup’. La seule autre alternative est de structurer officiellement le groupe de telle façon que le pouvoir originel soit institutionnalisé. Ce n’est pas toujours possible. C’est réalisable si les élites informelles ont été bien structurées et ont exercé un juste pouvoir par le passé. Ces groupes sont crédités d’un passé plutôt efficace politiquement et la cohésion de la structure informelle s’est révélée être un substitut adéquat à une structure formelle. Devenir structurée n’altère pas beaucoup son fonctionnement en même temps que l’institutionnalisation de la structure exerçant le pouvoir ne l’expose pas à une remise en question. Ce sont les groupes qui ont le plus besoin de structures qui sont souvent le moins capables de les créer. Leurs structures informelles n’ont pas été assez bien formées et l’adhésion à l’idéologie ’d’absence de structure’ les rend peu disposés à changer de tactique. Moins un groupe est structuré, plus il manque de structures informelles ; plus il adhère à l’idéologie de ’l’absence de structure’ plus il est vulnérable à une prise de pouvoir par un groupe de camarades politiques.

NWO

Puisque le mouvement dans son ensemble est tout aussi peu structuré que ne le sont la plupart des groupes qui le constituent, il est tout aussi vulnérable à des influences indirectes. Mais le phénomène se manifeste différemment. A un niveau local, la plupart des groupes peuvent opérer de façon autonome, mais seuls les groupes capables d’organiser des actions à l’échelle nationale sont des groupes nationaux structurés. Ainsi, ce sont souvent des organisations féministes structurées qui déterminent les orientations nationales des actions féministes et cette orientation est déterminée par les priorités de ces organisations. Des groupes tels que la National Organization of Women et la Women’s Equality Action League ainsi que quelques groupes de femmes de la gauche sont seuks capables d’organiser une campagne à l’échelle nationale. La multitude de groupes de libération des femmes sans structure ne peut que choisir de soutenir ou non ces campagnes nationales, mais sont dans l’incapacité d’organiser les leur. Leurs membres deviennent ainsi les troupes sous la direction des organisations structurées . Ils n’ont même pas la possibilité de décider des priorités.

Moins un mouvement a de structure, moins il contrôle ses propres orientations de développement et ses actions politiques dans lesquelles il s’engage. Cela ne signifie pas que ses idées ne soient pas relayées. Selon l’intérêt que leur portent les médias et l’opportunité offerte par le contexte social, ses idées peuvent être largement diffusées. Mais la diffusion de ces idées ne signifie pas qu’elles sont mises en application ; cela signifie seulement que l’on en parle. Du moment où elles peuvent être mises en pratique individuellement, elles le seront ; mais si elles nécessitent un pouvoir politique coordonné pour cela, elles ne le seront pas.

Tant que le mouvement de libération des femmes restera attaché à une forme d’organisation qui met en avant les petits groupes inactifs de discussion entre amies, les problèmes les plus importants inhérents à l’absence de structure ne seront pas ressentis. Mais ce style d’organisation a ses limites ; il est politiquement inefficace, exclusif et discriminatoire envers ces femmes qui ne font pas partie ou ne peuvent pas entrer dans un réseau d’amies. Celles qui ne répondent pas aux conditions pré-requises à cause de leur classe, race, activités, statut parental ou marital ou personnalité, seront inévitablement découragées d’essayer d’y participer. Celles-ci développeront un intérêt particulier pour maintenir les choses telles qu’elles sont.

Les groupes informels seront soutenus par les structures informelles qui le composent, et le mouvement n’aura aucune façon de décider qui exercera le pouvoir. Si le mouvement continue délibérément à ne pas chosir qui exerce le pouvoir, il n’en abolit pas pour autant le pouvoir. Tout ce qu’il fait, c’est abdiquer devant le droit de demander à ceux qui exercent le pouvoir et l’influence d’en exercer aussi la responsabilité. Si le mouvement continue à maintenir l’exercice du pouvoir aussi diffus que possible parce qu’il sait qu’il ne peut pas demander à ceux qui l’exercent d’en exercer la responsabilité, il empêche ainsi tout groupe ou personne de le dominer entièrement. Mais en même temps, il fait en sorte que le mouvement est aussi peu efficace que possible. Un juste milieu entre la domination et l’inefficacité doit et peut être trouvé.

Ces problèmes viennent à la surface actuellement parce que la nature du mouvement change inévitablement ; La sensibilisation, comme fonction première du mouvement de libération des femmes, devient obsolète. Du fait de l’intense publicité faite par la presse et des nombreux livres et articles maintenant en circulation, la libération des femmes est devenu un terme courant. Les questions en sont discutées et des groupes informels de discussion sont organisés par des personnes qui n’ont aucun lien officiel avec aucun mouvement. Un travail purement éducatif n’est plus le besoin prioritaire absolu. Le mouvement doit passer à d’autres tâches. Il a maintenant besoin d’établir ses priorités, de définir ses buts et de poursuivre ses objectifs de façon coordonnée. Pour cela, il doit être organisé localement, régionalement et nationalement.

 Principes de structuration démocratique

Lorsque le mouvement ne s’accrochera plus de façon tenance à l’idéologie de ’l’absence de structure’, il sera libre de développer de nouvelles formes d’organisation plus adaptées à un fonctionnement sain. Cela ne veut pas dire que nous devons aller à l’autre extrême et imiter aveuglément les formes traditionnelles d’organisation. Mais nous ne devons pas non plus les rejeter toutes aveuglément. Quelques techniques traditionelles se révèleront utiles, bien qu’imparfaites ; certaines nous offriront un éclairage sur ce que nous ne devrons pas faire pour atteindre certains objectifs avec un coût humain minime pour les membres du mouvement. La plupart du temps, nous devrons expérimenter différentes sortes de structures et mettre en place une variété de techniques à utiliser dans différentes situations. Le ’lot system’,- système de tirage au sort ? - par exemple, est une idée qui a émergé du mouvement Il n’est pas applicable a toutes les situations mais il est utile dans certains cas. Nous avons besoin d’autres idées de formes de structures. Mais avant que nous puissons procéder de façon intelligente, nous devons accepter l’idée qu’il n’y a rien de mauvais, par nature, dans la structure elle-même - si ce n’est ses abus.

Tout en nous engageant dans ce processus de tâtonnement expérimental, nous devons garder à l’esprit quelques principes essentiels de la structure démocratique et qui sont également efficaces :

  1. Délégation d’une autorité précise à des individus précis pour une tâche précise par des procédures démocratiques. laisser des gens remplir un travail ou une tâche par défaut signifie seulement qu’ils sont réalisés sans le contrôle de tous. Si les gens sont choisis pour effectuer une tâche, de préférence après avoir manifesté un intérêt ou une volonté pour effectuer celle-ci, ils ont pris un engagement qui ne peut pas être facilement ignoré.
  2. Exiger de tous ceux à qui l’autorité a été déléguée d’être responsable devant tous ceux qui les ont choisis. C’est ainsi que le groupe détient le contrôle sur les personnes en position d’autorité. Des individus peuvent exercer le pouvoir mais c’est le groupe qui a le dernier mot sur comment est exercé le pouvoir.
  3. La répartition de l’autorité entre autant de personnes qu’il est raisonnablement possible. Cela empêche le monopole du pouvoir et oblige les personnes en situation d’autorité à consulter de nombreuses autres personnes pour exercer celle-ci. Cela offre aussi à de nombreuses personnes l’opportunité d’exercer une responsabilité pour des tâches spécifiques et ainsi d’acquérir ainsi des qualifications spécifiques.
  4. Rotation des tâches parmi les individus. Des responsabilités qui sont détenues trop longtemps par la même personne, de façon formelle ou informelle, viennent à être considérées par celle-ci comme sa ’propriété’ et ne peuvent pas être retirées ou contrôlées facilement par le groupe. A l’inverse, si la rotation des tâches est trop rapide, la personne n’a pas le temps d’apprendre le travai qui lui est confié et de tirer quelques satisfactions du travail bien fait.
  5. Répartition des tâches selon des critères rationnels. Choisir quelqu’un pour remplir une tâche parce qu’on l’aime bien dans le groupe ou donner à quelqu’un d’autre une tâche ingrate parce qu’on ne l’aime pas, ne sert ni l’individu ni le groupe à long terme. La capacité, l’intérêt pour la tâche, le sentiment de responsabilité, doivent être les critère de choix principaux. Les personnes doivent se voir offrir l’opportunité d’acquérir des connaissances spécifiques mais cela doit être réalisé à travers des programmes ’d’apprentissage’ plutôt que la métode ’nage ou coule’. Détenir une responsabilité pour une tâche que l’on ne maîtrise pas bien est démoralisant. A l’inverse être blackboulée d’une tâche qu’on est capable de bien remplir n’encourage pas à développer ses savoir-faire. Les femmes ont été punies d’être compétentes tout au long de l’histoire humine et le mouvement ne doit pas répéter ce procédé.
  6. Diffusion de l’information à toutes et aussi fréquemment que possible. L’information c’est le pouvoir. L’accès à l’information renforce le pouvoir. Lorsqu’un réseau informel diffuse en son sein des idées nouvelles et des informations, en en excluant le groupe dans son entier, il est déjà engagé dans un processus de formation d’une opinion sans que le groupe n’y participe. Plus o, est au courant dont les choses fonctionnent, plus on est politiquement efficace.
  7. L’accès égal pour tous aux ressources du groupe. Cela n’est pas toujours tout à fait possible mais devrait être un objectif. Un membre qui détient le monopole d’utilisation d’un matériel ( comme un matériel d’imprimerie ou une chambre de noire que possède un mari) peut influencer de manière exagérée l’utilisation de ce matériel. Les savoir-faire et l’information constituent également des ressources. Les savoir-faire et l’information détenus par les membres ne peuvent être librement accessibles que si ces membres sont prêts à apprendre aux autres ce qu’ils savent.

Lorsque ces principes sont appliqués, ils garantissent que, quelle que soient les structure mises en place par différents groupes, elles seront contrôlées par le groupe et devront rendre des comptes à celui-ci. Le groupe de personnes en position d’autorité sera diffus, flexible, ouvert et temporaire. Il ne sera pas en position d’institutionnaliser son pouvoir parce que les décisions ultimes seront prises par le groupe dans son entier. Le groupe aura le pouvoir de déterminer qui exercera l’autorité en son sein.


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