« Nous conserverons l’unité de l’Église universelle » - Jean Calvin

jeudi 11 novembre 2010
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Jean Clavin (1509-1564)

Voilà dont nous avons l’Église   visible. Car partout où nous voyons la Parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements être administrés selon l’enseignement de Christ, là il ne faut nullement douter qu’il y ait Église   : d’autant que la promesse qu’il nous a faite ne peut nous faillir : « Partout où deux ou trois seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d’eux. » Mais pour bien entendre la somme de cette matière, il nous faut procéder par les degrés qui s’ensuivent : c’est que l’Église   universelle est toute la multitude qui accorde à la vérité de Dieu et à la doctrine de sa Parole, quelque diversité de nation qu’il y ait, ou distance de région : d’autant qu’elle est unie par le lien de la religion. Que sous cette Église   universelle, les Églises, qui sont distribuées par chacune des villes et villages, sont tellement comprises, que chacune a le titre et l’autorité d’Église   : et que les personnes lui sont associées par profession de foi, combien qu’à la vérité elles ne soient point l’Église  , néanmoins, elles sont estimées y appartenir, jusqu’à ce qu’on les ait rejetées par jugement public. [...] Car il peut advenir qu’il nous faudra traiter comme frères et avoir pour fidèles ceux que nous ne penserions pas dignes d’être de ce nombre, à cause du consentement commun de l’Église  , la¬quelle les souffrira et endurera encore au corps du Christ. Nous n’approuverons donc pas telles personnes comme membres de l’Église  , quant à notre propre estime privée, mais nous leur laisserons le lieu qu’ils tiennent entre le peuple de Dieu, jusqu’à ce qu’il leur soit ôté par voie légitime. Envers une multitude, il nous y faut autrement procéder. Car si elle a le ministère de la Parole et si elle l’honore, si elle retient l’administration des sacrements, elle doit sans doute être reconnue pour Église   : d’autant qu’il est certain que la Parole et les sacrements ne peuvent être sans fruit. En telle sorte, nous conserverons l’unité de l’Église   universelle, que les esprits diaboliques ont toujours tâché de dissiper : et n’ôterons point l’autorité qui appartient aux assemblées ecclésiastiques, lesquelles sont en chaque lieu pour la nécessité des hommes.

L’élection est le fondement de l’Église   universelle
[...] le diable machine tout ce qu’il peut pour ruiner la grâce de Christ, et tous les ennemis de Dieu conspirent à cela, et s’y efforce avec une rage impétueuse [...]. Par quoi il nous faut regarder à l’élection de Dieu, et aussi à sa vocation intérieure, par laquelle il attire à soi les siens : parce que lui seul connaît les siens et les tient ferme sous son cachet, comme le dit saint Paul. [...] Mais parce qu’ils sont une poignée de gens, voire contemptibles, mêlées parmi la grande multitude, et sont cachés comme un peu de grains sous un gros amas de paille en l’air, il nous faut laisser à Dieu seul ce privilège de connaître son Église   de laquelle le fondement est son élection éternelle. [...] Par quoi elle est nommée catholique ou universelle : parce qu’on n’en saurait faire deux ou trois sans déchirer Jésus-Christ, en tant qu’en nous serait. Même les élus de Dieu sont tellement conjoints en Jésus-Christ, que comme ils dépendent tous d’un chef, aussi sont-ils faits d’un même corps : voire avec telle liaison qu’on voit entre les membres du corps humain. Ils sont donc tous un, vivants d’une même foi, espérance et charité par l’Esprit de Dieu : étant appelés non seulement en un même héritage, mais aussi à participer à la gloire   de Dieu et de Jésus-Christ. Et pourtant, combien est horrible la désolation qu’on voit partout et de tous côtés, semble montrer qu’il n’y a rien de résidu de l’Église  , sachons que la mort de Christ est fructueuse, et que Dieu garde miraculeusement son Église   en cachette.

Jean calvin, Institution de la religion chrétienne, T. 2, Meyrueis, 1859


Le Christianisme : saint Paul, saint Thomas...